dimanche 16 février 2014

aujourd'hui, c'est espoir blues

On a eu droit à de magnifiques éclaircies ces dernières semaines. Ca fait un bien fou, vraiment. C'est fou, mais ça me donne l'impression que le printemps arrive déjà - alors que je me doute bien qu'on aura encore droit à un peu de neige d'ici fin mars.

Il a suffit de quelques degrés de plus, d'un ciel bleu parfait et d'un soleil timide mais éblouissant pour un mois de février, pour me donner l'envie de sortir un peu.

Vendredi soir, je suis allée dans un petit bar près de Sonnenallee pour un show de stand-up. J'apprécie de plus en plus ce genre d'endroits, parce que je commence un peu à connaître les comédiens maintenant. La scène anglophone de la comédie n'est pas immense à Berlin (malgré ce que je pensais), et on retrouve un peu toujours les mêmes personnes aux différents shows qui se déroulent plusieurs fois par semaine. Bref, je me suis rendue compte en prenant le S-Bahn pour me rendre au bar, que je ne vais pas souvent dans le quartier de Neukölln. Je m'en suis rendue compte, surtout parce que je me suis trompée d'arrêt. Au début, je suis descendue à S-Bahn Neukölln. En arrivant dans la rue, j'ai remarqué que c'était pas comme dans mes souvenirs. Bah ouais, idiote, parce que c'est à Sonnenallee qu'il fallait descendre.

Ca m'a donné l'excuse de pouvoir continuer de lire mon bouquin pendant 10 minutes de plus au moins. J'arrivais à la fin du roman et c'est toujours plus intensif dans ces cas-là. Je l'ai d'ailleurs fini en rentrant vers 2h en mangeant un sandwich un thon. Le personnage principal arrêtait pas d'en manger, et ça m'a donné envie. Ca montre que c'est un bon bouquin, je suppose. "J'ai rêvé de courir longtemps" de Ron MacLarty.

Pour revenir à mon histoire, j'ai fini par descendre au bon arrêt - Sonnenallee -, et ai marché lentement en profitant de ma solitude. C'est franchement cool de marcher seul le soir, à Berlin. C'est en regardant un peu partout que j'ai remarqué que je venais jamais dans ce quartier. C'est différent du posh et familial Prenzlauer Berg, et ça n'a rien à voir non plus avec l'étudiant et festif Friedrichshain. Ca se rapproche du Kreuzberg, mais finalement, de ce que je comprends, c'est Kreuzberg qui s'éloigne petit à petit du Neukölln pour se rapprocher de Friedrichshain. Berlin change tout le temps, c'est connu.

Du coup, en voyant ce beau ciel aujourd'hui, j'ai décidé de retourner faire un tour avec mon appareil. Y avait une petite place - la Richardplatz - qui était magnifique. Une rue juste à côté, où il n'y avait que des petites maisons. À Berlin ! Pendant l'espace de deux minutes, j'ai eu l'impression troublante d'être à Koksijde. Le vent s'était levé et je sentais presque la mer approcher.

En rentrant, j'ai pris un de ces fameux chocolats chauds à 1€, et puis en arrivant à la station pour rentrer, y avait un mec qui jouait de la flûte. Un air super joli, j'ai pas pu m'empêcher de lui sourire. J'aurais voulu lui donner de l'argent, mais au final j'ai hésité et maintenant je regrette encore. J'imagine que le sourire, c'était déjà pas mal.
Et puis, un autre mec allait de personne en personne sur le quai pour quémander quelques pièces. N'ayant pas un budget faramineux, j'avais décider de ne rien donner, jusqu'à ce qu'il arrive devant le vieux que j'avais devant moi. Ca m'a frappé, le vieux l'ignorait tout bonnement. Ca m'a fait pitié pour ce vieil homme qui avait l'air d'avoir un manque d'humanité vraiment moche. Alors, j'ai sorti quelques pièces au jeune homme et lui ai donné, plus pour pardonner ce manque de politesse qu'autre chose. Le vieux m'a vue donner les pièces au jeune homme. Le sans-abri a pris les pièces et a dû partir en vitesse parce que son S-Bahn venait d'arriver, alors il m'a remercié à l'arrache.

Le vieil homme a vu la scène et s'est foutu de nos gueules.

Je l'ai regardé avec toute la haine possible. Pourquoi est-ce qu'il refuse de regarder un homme qui mendie dans les yeux, de lui accorder un minimum d'attention et d'accepter le fait qu'il existe ? Pourquoi est-ce que, finalement, il voit cet homme une fois que ce dernier a le dos tourné ? Et pourquoi, surtout, il se permet d'en rire ? C'est médiocre, c'est dégueulasse. Le pire, c'est qu'il m'a regardée dans les yeux pendant dix secondes et qu'il m'a lancé un sourire compatissant. Fumier.

Bon, je me suis pas laissée atteindre par cette scène, ça m'a surtout rendue triste pour ce vieil homme qui n'a pas l'air d'être quelqu'un de bien. Ou peut-être qu'il l'est et que je l'ai juste vu au mauvais moment. J'ai pas envie de m'étendre sur le sujet, au final ce n'était pas voulu.

J'ai commencé à lire Christine, de Stephen King. Autant, la fin de lecture de bouquins en général est toujours intense, autant il est toujours difficile d'en commencer de nouveaux. Surtout que je suis encore dans l'ambiance de l'histoire de Smithy Ide et de ses sandwichs au thon. Et Bethany, aussi. C'était l'histoire d'un frère qui avait sombré dans l'alcoolisme et la dépression, et qui perdait ses deux parents d'un coup. Sa grande soeur avait une voix en elle qui la rendait folle, un jour elle a fini par partir et ils ne l'ont jamais revu. Il a eu un déclic avec la mort de ses parents, et s'est remis en selle de son vieux vélo pour pédaler sur des centaines de kilomètres pour retrouver le corps de sa soeur morte. Ca parait triste, mais ça raconte l'histoire d'un mec qui se reconstruit au final.

En sortant du tram, alors que je marchais pour rentrer chez moi, le soleil commençait à se coucher derrière la tour de télévision et la vue était jolie et apaisante. Le parc se mettait à vivre à nouveau et ça m'a rendue heureuse.

Le must ? J'ai rangé mon appart', et je suis contente d'y rentrer maintenant à chaque fois. Pour fêter ça, j'ai même fait un gâteau au chocolat. Et mangé un sandwich au thon.


Les deux premières photos ci-dessous, datent de la semaine dernière. Les autres, c'est d'aujourd'hui ! Allez jusqu'au bout et écoutez la chanson - elle est magique.










« On a parfois le cœur soulevé par la sauvagerie du monde. On est écœuré par la montée de nouvelles tyrannies, le raffinement des anciennes, par les mensonges, l'odeur du fumier dans les villes et l'horreur qui pèse sur tous nos lendemains.

On s'engloutit alors dans un sombre désespoir. On a peur, on a honte et on est triste d'être humain. On réclame en pleurant une naissance nouvelle ou du moins l'admission par baptême dans une nouvelle confrérie.

Mais on redoute de ne pouvoir obtenir ni l'une ni l'autre. Que le monde refuse de s'arrêter pour nous. Et qu'on ne peut que le quitter d'un bond, pour plonger dans une douteuse éternité.

Notre foyer lui-même nous semble hostile, comme si tous les talismans qui définissaient notre identité s'étaient retournés contre nous. On se sent déchiré, mis en pièces et en morceaux. On comprend alors avec terreur que si on ne peut pas s'asseoir pour réunir ces morceaux et les assembler à nouveau, on va devenir fou.

Mais parfois se produit pourtant une manière d'événement mystérieux et éblouissant, qu'on contemple encore longtemps après avec un émerveillement mêlé du respect qu'impose le sacré. »

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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